Qui dirige la SSR ?

La Société suisse de radio­dif­fu­sion et télé­vi­sion (SSR) est le groupe audio­vi­suel public suisse. Si sa théo­rique indé­pen­dance struc­tu­relle et finan­cière semble être un acquis inal­té­rable, il n’en demeure pas moins que les risques de dérive sont bel et bien réels et que la situa­tion mérite l’attention du grand public. Qui aujourd’hui en Suisse connaît le nom du pré­sident du conseil d’administration de la SSR ? Et a for­tiori, qui connaît son parcours ?

Fon­dée en 1931, la SSR est aujourd’hui une entre­prise de ser­vice public à but non lucra­tif, finan­cée à 71,5 % par la rede­vance (payée par le public), à 23,5 % par les recettes com­mer­ciales (publi­cité et spon­so­ring) et à 6 % par d’autres sources (vente d’émissions d’autres dif­fu­seurs, par exemple)1. Dif­fu­sant 14 chaînes de radio (5 en alle­mand, 4 en fran­çais, 3 en ita­lien, 1 en romanche) et 8 chaînes de télé­vi­sion (3 en alle­mand, 2 en fran­çais, 2 en ita­lien, 1 en romanche), elle est le prin­ci­pal groupe audio­vi­suel du pays, avec plus de 90% de parts des mar­ché de la radio et de la télé­vi­sion et est cen­sée être la garante d’une infor­ma­tion indé­pen­dante, plu­ra­liste et objec­tive, per­met­tant une for­ma­tion aussi libre et infor­mée que pos­sible de l’opinion publique.

Depuis le 1er jan­vier 2012, le pré­sident du conseil d’administration de la SSR est Ray­mond Lore­tan2. Déten­teur d’une licence en droit de l’université de Fri­bourg, il est secré­taire diplo­ma­tique du secré­taire d’Etat aux affaires étran­gères de 1984 à 1987, avant de deve­nir le col­la­bo­ra­teur per­son­nel du conseiller fédé­ral Arnold Kol­ler au Dépar­te­ment fédé­ral de jus­tice et police de 1987 à 1990, puis délé­gué aux Affaires euro­péennes et trans­fron­ta­lières du Valais de 1991 à 1992. De 1993 à 1997, il est secré­taire géné­ral du PDC Suisse et devient en 1997 ambas­sa­deur extra­or­di­naire et plé­ni­po­ten­tiaire de Suisse à Sin­ga­pour et au Bru­nei, puis consul géné­ral de Suisse à New York (avec le titre d’ambassadeur) en 2002. En 2007, il revient en Suisse et fonde, avec deux asso­ciés, le cabi­nets de conseil Fasel Balet Loretan.


De l’autre côté du manche

L’année 2007 marque un tour­nant dans la car­rière de Ray­mond Lore­tan. En effet, à l’instar de nom­breux autres per­son­nages publics bien plus renom­més que lui (Tony Blair, Bill Clin­ton), il passe d’une car­rière dans la poli­tique à une car­rière dans le privé, sans doute autre­ment plus lucra­tive, pro­fi­tant des avan­tages offerts par son passé poli­tique et ses rela­tions diplo­ma­tiques. Il explique ainsi son choix : « J’ai eu envie de liberté, de retrou­ver une liberté de pen­ser et sur­tout d’action. »3 En effet, quoi de mieux qu’un ancien homme poli­tique et ambas­sa­deur libéré de ses obli­ga­tions démo­cra­tiques pour conseiller les entre­prises pri­vées et tirer pour elles le meilleur parti de cer­taines conni­vences (pré­sentes ou pas­sées) ? Lore­tan a déclaré, par­lant de la situa­tion simi­laire de Kas­par Vil­li­ger (passé à la tête d’UBS) :

« Aux Etats-Unis, le pas­sage du sec­teur public au privé est ‘busi­ness as usual’. C’est plu­tôt la règle que l’exception. Contrai­re­ment aux Suisses, les Amé­ri­cains ne vont pas confondre UBS et la Suisse, et com­pren­dront très bien la posi­tion de l’ancien pré­sident de la Confé­dé­ra­tion. »4

En effet, les Amé­ri­cains savent bien qu’un per­son­nage public qui passe dans le sec­teur privé fait tota­le­ment allé­geance à ses nou­veaux inté­rêts. Aux Etats-Unis, le sys­tème de « revol­ving door » voit depuis long­temps des res­pon­sables poli­tiques quit­ter le trem­plin du public pour prendre leur envol dans le privé (avec para­chute doré pour l’atterrissage, et par­fois, retour dans le public). Ce pro­cédé est en effet « busi­ness as usual » et ne pro­voque pas beau­coup de remous dans le débat public, mal­gré les pro­blèmes que cela pose pour le bon fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie5. Le site du cabi­net Fasel Balet Lore­tan est d’ailleurs assez expli­cite concer­nant les avan­tages de cette tran­si­tion du public au privé6 :

« […] Le cabi­net FBL asso­ciés offre à ses clients une gamme de ser­vices éten­due dans les domaines du conseil stra­té­gique et de la com­mu­ni­ca­tion. Il met à leur dis­po­si­tion une somme de com­pé­tences très diverses, ainsi qu’une excel­lente connais­sance des cir­cuits déci­sion­nels, acquises dans des posi­tions à res­pon­sa­bi­li­tés des sec­teurs écono­miques, poli­tiques et asso­cia­tifs. »

« Bien com­mu­ni­quer, c’est savoir que dire, pour­quoi le dire, com­ment le dire et à qui : nous met­tons à dis­po­si­tion de nos clients une somme d’expériences, ainsi qu’un réseau impor­tant parmi les déci­deurs et lea­ders d’opinion suisses, acquis au fil de par­cours pro­fes­sion­nels et d’engagements asso­cia­tifs riches et variés. Nos ser­vices s’adressent tant aux ins­ti­tu­tions du monde finan­cier, indus­triel, poli­tique et cultu­rel qu’aux per­son­na­li­tés ame­nées à y jouer un rôle prépondérant. »

Les courtes bio­gra­phies des trois fon­da­teurs détaillent encore davan­tage la «  somme de com­pé­tences » offerte par le cabi­net7:

・ Edgar Fasel : « La concep­tion de stra­té­gies inté­grées de com­mu­ni­ca­tion, les rela­tions peau­fi­nées avec des publics cibles choi­sis, le lob­bying et la com­mu­ni­ca­tion en cas de crise comptent parmi ses domaines favoris. »

・ Chan­tal Balet : « Membre de la direc­tion de la SDES, deve­nue eco­no­mie­suisse, de 1994 à 2007 […], elle assu­mait la direc­tion du bureau romand. »

・ Ray­mond Lore­tan : « Tout au long de sa car­rière poli­tique et diplo­ma­tique, il a assumé de nom­breuses fonc­tions de conseils, de rela­tions publiques et de lob­bying. »


Natu­ral born lobbyist

Bien évidem­ment, on me rétor­quera que Ray­mond Lore­tan fait par­fai­te­ment la part des choses entre le lob­bying qu’il a pra­ti­qué « tout au long de sa car­rière » (et qu’il pra­tique encore dans son cabi­net) et son man­dat à la tête du conseil d’administration de la SSR. Qu’il me soit per­mis d’en dou­ter. Si ses clients vont bien, les finances de son cabi­net vont bien. Alors objec­ti­ve­ment, qu’est-ce qui retient Lore­tan de pra­ti­quer autant que pos­sible le lob­bying pour ses clients à la tête de la SSR ? Et qu’on ne me réponde pas « l’éthique ». Res­tons sérieux. Si on fai­sait confiance à l’éthique des diri­geants, on n’aurait jamais à craindre les conflits d’intérêts qui ne seraient dès lors rien de plus qu’une vue de l’esprit. Mais en l’espèce, il y a bien là un conflit d’intérêts. D’autant plus quand on découvre l’offre du cabi­net. Nul doute qu’une posi­tion diri­geante à la tête de la SSR confère un avan­tage cer­tain dans ces divers domaines de pres­ta­tions8 :

« Conseiller les organes diri­geants dans la ges­tion de crise et les orien­ter dans leurs rela­tions avec la presse. […] Conce­voir et rédi­ger des sup­ports écrits (com­mu­ni­ca­tion interne, rap­ports annuels, dis­cours, articles de presse, etc.) et en assu­rer une dif­fu­sion ciblée effi­cace (‘ghost wri­ting’). […] Faci­li­ter en tant qu’inter­mé­diaire neutre des prises de contacts infor­melles et des entre­tiens explo­ra­toires en vue de négo­cia­tions d’affaires ou de réso­lu­tion de conflits (‘ghost nego­cia­tions’) […] Plai­der la prise en compte d’intérêts par­ti­cu­liers auprès de par­le­ments et d’administrations can­to­nales et fédé­rales (‘lobbying’). »

Et force est de consta­ter qu’avant même son arri­vée à la SSR, Lore­tan était déjà un habi­tué des stu­dios radio et télé du groupe, tout comme ses asso­ciés. Une rapide recherche sur inter­net montre les nom­breuses appa­ri­tions du trio (la liste est non exhaustive) :

・  Edgar Fasel est invité sur la 1ère dans « Forum »  le 1er juin 2006, le 2 février 2007, le 20 sep­tembre 2007, le 24 juillet 2008 et le 10 juin 2009, dans « Le Grand 8 » le  22 sep­tembre 2006, le 20 octobre 2006, le 9 jan­vier 2007, le 8 octobre 2008 et le 19 jan­vier 2009, dans le jour­nal de 12h30 le 24 juillet 2008 et dans « Somme toute… » le 21 octobre 2012.

・  Chan­tal Balet a été invi­tée dans « Forum » le 28 jan­vier 2009, dans « Le Grand 8 » le 28 jan­vier 2009 et dans « Devine qui vient dîner » le 19 octobre 2010.

・  Ray­mond Lore­tan, quant à lui, a été invité dans « Forum » le 6 mars 2008 (le débat por­tant sur eco­no­mie­suisse, envoyer Chan­tal Balet aurait été gros­sier), le 8 mars 2009 et le 10 juin 2010, ainsi qu’au jour­nal télé­visé du soir de la RTS le 13 juillet 2009, le 6 sep­tembre 2009 et le 2 novembre 2009. A cette der­nière occa­sion, dans un court entre­tien qui porte le fabu­leux titre de « Sécu­rité aux Paquis (GE) : entre­tien avec Ray­mond Lore­tan, habi­tant du quar­tier », Ray­mond Lore­tan est pré­senté en simple rive­rain (!) et fait l’apologie de la pri­va­ti­sa­tion des tâches de sécu­rité publique. Le cabi­net FBL compte pro­ba­ble­ment des socié­tés pri­vées de sécu­rité parmi ses clients…

Avec une telle visi­bi­lité et une telle faci­lité d’accès à l’antenne, on peut se deman­der pour­quoi Lore­tan, lob­byiste dans l’âme, choi­si­rait de deve­nir pré­sident du conseil d’administration de la SSR (en renon­çant du même coup à pas­ser à l’antenne), si ce n’est parce qu’il pré­voit d’être encore plus effi­cace à ce poste. Dans l’Hebdo, en 2008, voilà ce qu’on peut lire9 :

« [Le trio Fasel Balet Lore­tan] s’occuperait volon­tiers, par exemple, de récon­ci­lier les Suisses avec leur place finan­cière. Mais l’alchimie ne s’arrête pas là. Ils l’avouent avec la can­deur des gens d’expérience qui n’ont jamais cessé d’être des idéa­listes, ces trois-là rêvent de “refaire le monde”, plus pré­ci­sé­ment la Suisse. En remo­de­lant le pay­sage poli­tique peut-être ? Ray­mond Lore­tan avait lancé cette idée il y a dix ans déjà. Ils n’en diront pas plus, mais affichent un large sou­rire de connivence. »

« Refaire le monde » en « remo­de­lant le pay­sage poli­tique » ? Mau­vais pro­nos­tic du jour­na­liste : appa­rem­ment, Lore­tan a fina­le­ment pré­féré emprun­ter une autre voie, à peine plus sub­tile, en pre­nant la tête du groupe audio­vi­suel public suisse.


Liai­sons dangereuses

Mais ce n’est pas tout. En plus des clients de son cabi­net, Ray­mond Lore­tan a égale­ment d’autres inté­rêts plus directs à défendre, car il est égale­ment pré­sident du conseil d’administration de Geno­lier Swiss Medi­cal Net­work (GSMN). Bien évidem­ment, il se défend de tout conflit d’intérêts, comme dans cette inter­view pour le maga­zine EDITO10 :

EDITO : Par rap­port à Geno­lier dont vous pré­si­dez le conseil, on entend des cri­tiques… Un conflit d’intérêts est-il possible ?

Ray­mond Lore­tan : Quand j’ai été sol­li­cité à la pré­si­dence de la SSR, j’ai mis sur la table ce que je fai­sais. Il y a eu un exa­men de com­pa­ti­bi­lité. Les choses sont abso­lu­ment transparentes […]

E. : C’est une réa­lité tri­viale que vous êtes beau­coup mieux payé chez Geno­lier qu’à la SSR. Ne pourrait-on pas ima­gi­ner que vous ser­viez d’abord les inté­rêts de la santé avant ceux du ser­vice public de l’information ?

R.L. : Si vous croyez que l’on peut dire aux jour­na­listes ce qu’ils doivent dire et faire, heu­reu­se­ment que non ! Depuis que je suis pré­sident de la SSR, je ne passe plus à l’antenne. J’y étais très sou­vent avant. Et c’est juste ainsi.

E. : Pourquoi ?

R.L. : Parce que per­sonne ne veut don­ner l’impression que la SSR favo­rise son pré­sident. Chaque pro­fes­sion ou fonc­tion implique des com­por­te­ments évidents. Je n’irais jamais à un débat radio ou télé­visé sur la santé.

Réponses somme toute clas­siques (quoi qu’étonnamment effi­caces sur un audi­teur peu atten­tif ou peu au fait du fonc­tion­ne­ment des médias) qu’on peut résu­mer ainsi : d’une part, on ne pour­rait pas « dire aux jour­na­listes ce qu’il doivent dire ou faire ». D’autre part, ne pas pas­ser à l’antenne serait un gage de non-ingérence dans la ligne édito­riale. A quoi je rétor­que­rais que d’une part, il n’est nul besoin de don­ner des ordres à un jour­na­liste lorsque celui-ci sait impli­ci­te­ment quoi dire (ou ne pas dire) pour maxi­mi­ser les chances de gar­der son emploi (ou mini­mi­ser celles de le perdre). Et d’autre part, il n’est nul besoin de pas­ser à l’antenne en per­sonne pour modi­fier ce qui est dif­fusé sur les ondes du groupe audio­vi­suel dont on est pré­sident. Au contraire, ai-je envie de dire.

Mon pro­pos n’est pas ici de dire que Ray­mond Lore­tan appelle per­son­nel­le­ment les jour­na­listes pour leur dic­ter leurs repor­tages. Plu­sieurs méca­nismes struc­tu­rels simples peuvent influer sur le tra­vail des jour­na­listes. Par exemple, ces der­niers se doutent peut-être que s’ils sont trop cri­tiques envers GSMN, les répri­mandes vont redes­cendre (plus ou moins for­mel­le­ment) la hié­rar­chie jusqu’à eux et ils choi­sissent ainsi une forme d’auto-censure (jus­ti­fiée ou pas, mais néan­moins réelle). En cette période de crise et de restruc­tu­ra­tion dans les entre­prises de médias (à la SSR, on parle de « conver­gence »), qui sait sur quoi se base­ront les déci­sions de licen­cie­ments écono­miques, à l’avenir ? Ou alors on peut ima­gi­ner que les jour­na­listes, du fait même de leur appar­te­nance à la SSR, ont des contacts pri­vi­lé­giés avec les membres de la direc­tion de GSMN et ten­draient à favo­ri­ser ou valo­ri­ser le point de vue de ces der­niers. Il en ira pro­ba­ble­ment de même lorsqu’il s’agira de par­ler de la Société Suisse des Explo­sifs ou de sa branche d’activités finan­cières, SSE Finance, dont Lore­tan est pré­sident des conseils d’administration. Ces méca­nismes struc­tu­rels impli­cites (et d’autres) per­mettent d’expliquer les dérives poten­tielles qui ne man­que­ront pas de deve­nir effec­tives si aucun garde-fou n’est là pour les prévenir.

Ce pro­blème de conflit d’intérêts et de man­dats mul­tiples se pose d’ailleurs égale­ment pour d’autres membres du conseil d’administration de la SSR, qui pour la plu­part ont une tra­jec­toire simi­laire à celle de Lore­tan (public, puis privé). Par exemple, Jean-François Roth, ancien conseiller d’Etat, est pré­sident de Suisse Tou­risme et de la Com­mis­sion des lote­ries et paris. Luigi Pedraz­zini, ancien pré­sident de la Confé­rence des gou­ver­ne­ments can­to­naux, est membre du conseil d’administration du Gruppo Ospe­da­liero Ars Medica (groupe hos­pi­ta­lier racheté en 2011 par… GSMN) et de Edy Tos­cano SA (engi­nee­ring & consul­ting, tra­vaux publics, auto­routes, che­mins de fer, tun­nels, ponts, cen­trales élec­triques,…). Hans Lauri, ancien conseiller d’Etat et ministre can­to­nal des finances de Berne, est conseiller indé­pen­dant, membre du conseil d’administration de RUAG Hol­ding AG (muni­tions, arme­ment, avia­tion, aéro­spa­tiale) et de Bas­ler & Hoff­mann AG (engi­nee­ring & consul­ting, tra­vaux publics, aéro­ports, auto­routes, ponts, tun­nels, cen­trales nucléaires, …). Ulrich Gygi, ancien direc­teur de l’Administration fédé­rale des finances, est quant à lui ancien direc­teur géné­ral de la Poste Suisse, actuel pré­sident du conseil d’administration des CFF, et membre du conseil d’administration d’AXA Win­ter­thur et de BNP Pari­bas (Suisse).


Devoir d’intransigeance

Finance, santé, tra­vaux publics, défense, trans­ports… On le constate, de nom­breux inté­rêts pri­vés sont repré­sen­tés  (direc­te­ment ou indi­rec­te­ment) au conseil d’administration du groupe audio­vi­suel public suisse. Est-ce une preuve indé­niable de la subor­di­na­tion totale de la SSR aux inté­rêts en ques­tion ? Pro­ba­ble­ment pas. Est-ce une bonne rai­son de res­ter vigi­lants et exi­geants quant à l’indépendance, à l’objectivité et au plu­ra­lisme de la SSR ? A n’en point douter.

Les solu­tions à ce pro­blème existent, si tant est qu’on veuille bien se don­ner les moyens et la volonté poli­tique de les mettre en œuvre. Par exemple, il suf­fi­rait d’interdire les man­dats mul­tiples pour les membres du conseil d’administration de la SSR (et pour­quoi pas, d’autres entre­prises de ser­vice public), afin de garan­tir que leurs efforts servent à défendre uni­que­ment les inté­rêts de la popu­la­tion et de la démo­cra­tie. Mais j’entends déjà réson­ner au loin les cris d’orfraie des défen­seurs de la liberté (toute néo­li­bé­rale) des indi­vi­dus à mul­ti­plier à outrance les man­dats et les sources de reve­nus. Cette liberté ne pose théo­ri­que­ment pas pro­blème, à la condi­tion tou­te­fois qu’elle ne nuise pas à l’intérêt géné­ral du plus grand nombre. Mais force est de consta­ter que dans les médias comme en poli­tique, elle pro­voque imman­qua­ble­ment d’inextricables conflits d’intérêts (par­fois obs­curs, com­plexes ou indi­rects) qui risquent à tout moment de court-circuiter le bon fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie. Or c’est un risque qu’une société rai­son­nable ne peut pas se per­mettre de prendre.




Notes
C’est moi qui sou­ligne les pas­sages en gras.
[1] « Exa­men de la situa­tion finan­cière et de l’efficience de SRG SSR idéee suisse, rap­port à l’intention du DETEC », p. 56, 2006, http://www.srgssr.ch/fileadmin/pdfs/Rapport%20du%20CDF%202006.pdf
Il est inté­res­sant (et un peu inquié­tant) de lire sur le site de la SSR : « S’il garan­tit l’indépendance rédac­tion­nelle, ce modèle de finan­ce­ment entrave néan­moins la publi­cité et le par­rai­nage, parce que la SSR n’est pas auto­ri­sée à uti­li­ser de nou­velles pla­te­formes en ligne. » http://www.srgssr.ch/fr/service-public/efficience/
[2] Pré­sen­ta­tion du CA sur le site de la SSR: http://www.srgssr.ch/fr/srg-ssr/organes/conseil-dadministration/
[3] “Nou­veau cabi­net Fasel Balet Lore­tan”, L’Extension, non daté (juin 2007?)  : http://www.lextension.com/index.php?page=reportagesPhotos&idActu=3922
[4] “Les Etats-Unis n’attaquent pas, ils se défendent”, Swis­sinfo, 9 mars 2009: http://www.swissinfo.ch/fre/actualite/Les_Etats-Unis_nattaquent_pas,_ils_se_defendent.html?cid=7256028
[5] “Blair Inc.”, Monde Diplo­ma­tique, novembre 2012: http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/WARDE/48375
[6] Sur le site de FBL asso­ciés: http://www.consult-fbl.ch/fr/a-propos/index.php et http://www.consult-fbl.ch/fr/competences/index.php
[7] Sur le site de FBL asso­ciés: http://www.consult-fbl.ch/fr/associes/index.php
[8] Les termes entre paren­thèses, comme « ghost wri­ting » ou « lob­bying », sont d’origine. Sur le site de FBL asso­ciés: http://www.consult-fbl.ch/fr/offre/index.php
[9] http://www.hebdo.ch/eacuteminences_grises_et_espoirs_25636_.html
[10] “Gagner l’intérêt des jeunes est une prio­rité”, EDITO, mars 2012: http://www.edito-online.ch/printable/archiv/editoklartext0212/editoklartext0212f/gagnerlinteretdesjeunesestunepriorite.html

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