UBS : Une Belle Saloperie

Il y a des choses que je ne m'explique pas. Par exemple, comment est-il possible que dans un pays démocratique comme la Suisse, disposant théoriquement de médias libres et d'un peuple informé, une entreprise comme l'UBS puisse continuer à faire des affaires sans voir ses succursales se faire incendier régulièrement un peu partout ? Comment est-il possible que le comportement d'une banque aussi manifestement peu soucieuse des lois et de l'éthique ne suscite pas plus de débat que ça dans la sphère publique ? Car force est de constater que les faits sont accablants pour la plus grande banque de Suisse.

A ce qu'il paraît, l'UBS est un fleuron de l'économie helvétique. Une banque qui, entre 2001 et 2003, a dépensé entre 600 et 700 millions de dollars pour embaucher les meilleurs banquiers des Etats-Unis [1] et qui, malgré ça, a été incapable de voir venir la crise des subprimes et a essuyé 18 milliards de pertes en 2008. Du coup, l'Etat a dû lui venir en aide à hauteur de près de 60 milliards de dollars. Y a pas à dire, quel talent...

Oubliez le "too big to fail", il semblerait plutôt que l'UBS soit "too dumb to succeed". Et pourtant, ce n'est pas faute d'essayer, quitte à tricher effrontément pour y arriver. Si l'UBS avait une âme, on pourrait dire qu'elle est une criminelle compulsive, endurcie et irrécupérable. Extrait non-exhaustif du casier judiciaire cette banque multirécidiviste:

- mai 2011 : 160 millions de dollars d'amende pour fraude (aux Etats-Unis) [2]
- octobre 2011 : 12
millions de dollars d'amende pour manque de surveillance (aux Etats-Unis) [3]
- novembre 2011 : 300'000 dollars
d'amende pour manque de surveillance (aux Etats-Unis) [4]
- juin 2012 : 65'000 euros
d'amende pour manque de surveillance (en Irlande) [5]
- novembre 2012 : 29,7 millions de livres
d'amende pour manque de surveillance (en Grande-Bretagne) [6] et accessoirement, 2'000 millions de francs de pertes.
- décembre 2012 : Des amendes de 160 millions de livres (en Grande-Bretagne), 59 millions de francs (en Suisse) et 1'200 millions de dollars (aux Etats-Unis) pour la manipulation du Libor [7]

Et ça, rien que dans les 20 derniers mois ! Sans compter, bien sûr, les enquêtes en cours, en France et ailleurs. Si on remonte un peu plus loin, on trouve par exemple :

- Deux amendes d'un total de 980 millions de dollars pour fraude en 2009 [8]
- Une amende de 150
millions de dollars pour fraude en 2008 [9]
- Le remboursement de 22'700
millions de dollars (!) à des clients en 2008, pour leur avoir vendu des titres comme étant extrêmement sûrs, tandis qu'au même moment, certains dirigeants, comme David Shulman, vendait les leurs [10].

Et si on remonte encore de quelques années, on trouve par exemple :

- Une amende de 200 millions de dollars en 2004 [11].
- Une amende de 80
millions de dollars pour UBS Warburg en 2003 [12]
- Une amende de 50
millions de dollars pour UBS Paine Webber en 2002 [13]

Et c'est sans parler de l'implication de l'UBS dans l'affaire Madoff en 2008, et dans bien d'autres affaires (et encore, on ne parle ici que des fraudes qui ont été détectées par les autorités de régulation...) Mais rassurez-vous, tout cela n'a bien sûr pas empêché la banque de verser de généreux bonus à ses collaborateurs, malgré les pertes et les amendes colossales :

- 9'500 millions de francs en 2007 [14]
- 1'700 millions de francs en 2008 (pour rappel: 18'000 millions de francs de pertes cette année-là)
- 4'800 millions de francs en 2009 [15]
- 4'245 millions de francs en 2010 [16]
- 2'570 millions de francs en 2011 [17]

Voilà qui relativise quelque peu l'amende d'1,4 milliard de francs consécutive à l'affaire du Libor: cette amende ne représente en effet que 6% des bonus versés ces 5 dernières années.

Au vu de tous ces chiffres qui donnent le vertige, de l'absence de repentir et du mépris caractérisé de la loi dont fait preuve l'UBS, de l'aide financière apportée par l'Etat après la débâcle de 2008 et du caractère vital de ce bien commun indispensable que sont les moyens de paiements de la population, une alternative devrait s'imposer comme une évidence à tous, dans le débat public : il faut sérieusement envisager des poursuites judiciaires à l'encontre des dirigeants et la nationalisation pure et simple de l'UBS. Or, rien ne se passe, et sincèrement, je ne me l'explique pas.

Il est insupportable de penser qu'une banque qui bafoue à ce point les lois, années après années, soit en position de prendre un pays tout entier à la gorge et d'obtenir une bouée de sauvetage à 60 milliards de dollars sans la moindre contrepartie, à une époque où près de 8% de la population suisse (600'000 personnes) sont touchés par la pauvreté [18].

Le plus "drôle" dans tout ça ? Deux magazines économiques ont élu l'UBS banque suisse de l'année 2012 ! Sur son site [19], la banque s'en félicite d'ailleurs en ces termes: "On récompense toujours le savoir-faire."

C'est moi ou l'UBS est en train de se vanter que le crime paie ?


[Notes]
[1]  New York Times, "Higher fees and trading help double UBS income": ici
[2][8][9][10] New York Times, "UBS's track record of averting prosecution": ici
[3] New York Times, "UBS fined 12 million $ over short-selling": ici
[4] BondBuyer.com, "FINRA fines UBS 300'000$":  ici
[5] Financial Times, "Ireland fines UBS for lack of controls":  ici
[6] Reuters, "UK regulator fines UBS $47 million over rogue trader case":  ici
[7] Romandie.com, "UBS/Libor: amende 1,4 mrd CHF":  ici
[11][13http://www.endgame.org/corpfines4.html
[12http://www.ct.gov/dob/cwp/view.asp?a=2246&q=299016
[14]  streeteasy.com, "UBS cuts bonus pool for 2008 by more than 80%": ici
[15][17] Bloomberg, "UBS reduces 2011 bonus pool 40% as investment bank posts losses": ici
[16http://www.ubs.com/global/en/about_ubs/corporate_covernance/compensation.html
[18]  Office fédéral de la statistique, "Niveau de vie, situation sociale et pauvreté - données et indicateurs": ici
[19http://www.ubs.com/ch/fr/awards/bank-of-the-year.html

6 commentaires

samedi 29 décembre 2012 @ 23:50 xoxo a dit : #1

grave erreur dans votre analyse le sauvetage UBS a pour le moment rapporté 4.5 miard a l'Etat suisse et comme il ne reste plus que 6 miards d'actif toxiques au final ce sera une perte maximale de 1.5 miard mais plus vraisemblablement un gain et on en parle pas du fait que UBS n'aurait plus payé d'impots durant des décennies et que la l semble qu'ils en repayeront en 2016

dimanche 30 décembre 2012 @ 00:02 xoxo a dit : #2

VOICI LE DERNIER POINTAGE DE LA BNS DU 31.10.2012
CONTRIBUTION DU STABFUND

Le fonds de stabilisation (stabfund), instauré en 2008 lors du sauvetage d'UBS, poursuit pour sa part son évolution positive. Il a enregistré un bénéfice de 565 millions de dollars après neuf mois, contribuant à hauteur de 266 millions de francs au résultat consolidé.

Le prêt octroyé au fonds, destiné à réaliser les actifs toxiques d'UBS, a pu être ramené de 7,6 milliards à 5,4 milliards de francs, précise la Banque nationale. Parallèlement, le risque global pour la BNS est passé de 8,5 milliards à 6,2 milliards.

Quant à la Confédération et aux cantons, ils devraient recevoir au titre de l'exercice en cours un milliard de francs, dont un tiers pour la première. Le versement ne s'effectue cependant qu'à la condition que la réserve de la BNS pour distributions futures soit positive.

ats/rp

dimanche 30 décembre 2012 @ 00:25 Adriano Brigante a dit : #3

@xoxo : Bénéficiaire ou pas, là n'est pas la question, pour moi. Le fait est que l'Etat est venu au secours d'une banque responsable de manquements inacceptables au règles, et qu'à ce titre, il eût été logique d'obtenir des contreparties sérieuses en termes de régulation drastiquement renforcée. Preuve en est tous les scandales qui ont vu le jour depuis. Il est urgent de mettre fin à la logique de privatisation des profits et à de socialisation des pertes, et de reprendre les rennes des établissements bancaires responsables de la crise actuelle.

dimanche 30 décembre 2012 @ 11:00 SwissTengu a dit : #4

Bah, faudrait déjà que les petits clients (qui supportent EUX les charges de l'UBS via des frais de gestion outranciers - frais annulés à partir d'un certain patrimoine présent sur les comptes - les riches paient pas, les "pauvres" subissent) ferment tous leurs comptes... Pour ma part, ça fait 4-5 ans que j'ai quitté le navire, et que je compte pas y retourner.

Et je rejoins Adriano sur le point du sauvetage : ce n'est pas tant le montant, ni le fait qu'au final l'état et les cantons seront peut-être bénéficiaires, mais plus le fait que cette banque n'a pas été foutue de contrôler ses employés ou d'appliquer simplement les règles d'éthiques et de déontologies : http://www.ubs.com/global/fr/about_ubs/about_us/code_of_conduct.html

En gros : Kill it with fire !

T.

dimanche 30 décembre 2012 @ 12:32 xoxo a dit : #5

l'argument éthique c'est autre chose je vous démontrais juste que financièrement la Suisse en peut se permettre de voir couler l'UBS qui les bonnes années ramenait 5 miards d'impots soit 1'000 frs par foyer fiscal... ou 1% du pib qui retomberaient immanquablement sur les classes moyennes sans aprler des 80'000 chomeurs supplémentaires

dimanche 30 décembre 2012 @ 13:18 SwissTengu a dit : #6

Parce qu'un est pris en otage par UBS, on devrait fermer les yeux sur les pratiques délictueuses commises un peu partout à travers le monde, et passer pour un pays adepte de l'évasion fiscale, la fraude, le blanchiment d'argent et les manipulations des taux boursiers ?

En tant que Citoyen, je ne saurai cautionner les agissements de l'UBS.

T.

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